Extinction de l’éclairage public à La Rochelle
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Intervention au Conseil municipal du 23 septembre 2019 : 

Extinction de l’éclairage public

Gérard GOURON 

Conseiller municipal délégué aux énergies et à la transition énergétique. Eclairage public. Ville de La Rochelle

Je vais être un peu long mais les circonstances l’imposent et il me semble important avant de débattre d’avoir tous les éléments du débat en main. 

Je voudrais tout d’abord remercier le conseil municipal dans l’ensemble de ses composantes majorité municipale et oppositions d’avoir permis à La Rochelle d’être parmi l’une des villes moyennes à procéder à une extinction partielle des lumières, s’inscrivant ainsi dans une histoire où l’écologie a une place fondamentale.

En effet, en novembre 2018 et en juillet 2019, lors de la présentation de cette extinction, j’espérais un débat sur le sujet. Quelques remarques, quelques suggestions, quelques interrogations. Rien de tout cela. L’extinction lumineuse et la démarche avaient fait l’objet d’un consensus. 

Depuis, la mise en pratique comme  toute nouveauté a fait grincer des dents et certains réseaux sociaux et certains riverains se sont déchainés contre cette mesure. 

Comme je l’avais annoncé en décembre et en juillet,  un bilan de cette extinction est en cours et les plaintes enregistrées sont soigneusement étudiées au même titre d’ailleurs que les lettres félicitant la majorité municipale d’avoir eu le courage de prendre cette mesure. 

Permettez-moi de revenir sur les raisons de cette extinction d’une part et d’autre part sur ces modalités de mise en œuvre, 

Les faits , rien que les faits.

Je vais donc rappeler les faits

  1. Le contexte dans lequel cette expérimentation a été prise
  • L’extinction lumineuse s’inscrit dans une démarche internationale de 

Lutte contre le dérèglement climatique et ses conséquences et notamment l’extinction des espèces 

Entre le nouveau rapport du GIEC et la sixième extinction des espèces, j’espère qu’ici il n’y a aucun doute sur les combats que nous avons à mener. Cf le nouveau rapport de laboratoires scientifiques à Toulouse qui annonce en septembre 2019 , une augmentation de la température de 7 degrés .

L’urgence écologique s’impose et tout de suite. La jeunesse nous le rappelle en permanence, elle se doit d’être entendue. Or , les incendies au Brésil et le retrait des USA de l’accord de 2015 ( COP 21 ) montrent à quel point les accords internationaux sont difficiles à respecter. Les intérêts privés et de court terme s’imposent malheureusement à cette urgence de prendre des mesures de long terme. 

  • L’extinction s’inscrit dans une démarche nationale :

 cf les lois dans votre dossier même si cette vision nationale reste bien timide en regard des enjeux. A c e propos , le Conseil d’Etat a condamné en mars 2018 l’Etat à respecter  les décisions de la loi du Grenelle 2 , concernant l’éclairage public  d’où la publication le 27 décembre 2018 de l’arrêté que vous avez en note.

  • L’extinction s’inscrit dans une démarche régionale : 

Adoption le 9 juillet 2019 de «  Néo –Terra «  la feuille de route régionale de la transition environnementale et climatique.  Je vous encourage à la lecture de ce travail d’une grande qualité. Un plan pour l’extinction lumineuse est en cours en Nouvelle Aquitaine avec comme objectif d’éteindre de 1h à 6 h du matin. Extinction à Pessac et Mérignac déjà en route

  • L’extinction s’inscrit dans une démarche locale d’un projet de Territoire : 

Une histoire locale tournée vers l’écologie

Labellisation Citergie depuis 2013 pour la ville, renouvelée en 2018 et labellisation 2018 pour  CDA 

La Rochelle Territoire zéro carbone , lauréat de l’appel à projet national «  territoires d’innovation » vise à «  changer durablement et en profondeur la manière de vivre et de fonctionner des habitants citoyens, des acteurs privés et publics du territoire » .

L’extinction à La Rochelle économise 125 t de C02 par an. 

Un schéma directeur d’Aménagement Lumière élaboré en 2015 

Des communes en extinction totale ou partielle dans toute la CDA avec des retours d’expérience positive

Je souhaitais évoquer ces différents contextes qui nous rappellent que l’extinction partielle de la lumière la nuit va dans le sens de l’histoire de la survie humaine sur la planète et que l’échelon local est un échelon fondamental pour participer à ce sauvetage.  Comment remettre en question une mesure qui cherche à sauver le vivant ? La stratégie qui a conduit à prendre cette mesure est bien cohérente avec  la politique menée par la majorité municipale et a le courage d’aller au-delà des mesures internationales et nationales en s’inscrivant  dans une politique régionale de transition écologique. 

  1. Les objectifs 

Je tiens à rappeler que l’objectif principal de l’extinction est et reste le respect et la survie de la biodiversité, garantie de notre sécurité alimentaire et de santé publique. Je regrette que l’on puisse considérer cette mesure uniquement sur le plan comptable d’économies d’énergie même se celles-ci ne sont pas négligeables ( environ 180 000 euros par an soit environ 10% de la facture d’électricité annuelle de la ville ).

Un souvenir de ma jeunesse : un pare-brise automobile tâché d’insectes morts et gorgés de sang au bout de quelques km. Vous pouvez maintenant en faire des centaines et votre pare-brise restera propre. Depuis 1990, 80% des insectes ont disparu en Europe . 

28% des vertébrés et 64% des invertébrés vivent partiellement ou exclusivement la nuit.

La lumière artificielle nocturne perturbe la santé des arbres en ville, perturbe les déplacements de la faune, en les désorientant, en dégradant l’habitat d’espèces , en rendant infranchissables certaines zones , et également sur la pollinisation/dispersion des graines. Désynchronise également les horloges biologiques  de la faune et de la flore. www.set-revue.fr 

Le Sommet de la biodiversité qui s’est tenu à Paris du 29 avril au 5 mai 2019, des représentants de 132 pays vont tenter d’enrayer la disparition désormais avérée des espèces et par voie de conséquence de la « Sixième extinction » qui par rapport aux autres est une extinction directement due à l’homme. 

Deuxième cause d’extinction des insectes après les pesticides.

La Santé

Respect du cycle circadien. Le cycle du sommeil se synchronise avec le cycle de lumière et d’obscurité. La lumière artificielle perturbe ce cycle. 

  1. La co construction 

Cette expérimentation a été co construite 

La volonté de faire un bilan au bout de six mois, annoncée dès le début,  en est la preuve 

  1. Une démarche Co- construite
  • En 2015, un Schéma Directeur d’Aménagement Lumière  a été élaboré en faisant appel à des ambassadeurs (une cinquantaine de personnes) à qui nous avons proposé deux balades nocturnes pour mieux comprendre les problématiques de l’éclairage la nuit.  (mesure Citergie ) 
  • Depuis mars 2018 , une expérimentation avec l’accord des riverains a été effectuée sur la cité de Royan au «  Bois joly »  à Laleu. Rencontre avec  les riverains pour exposer les objectifs, invitation de Henri Lambert qui nous a dit tout son scepticisme au départ pour nous dire toute sa satisfaction maintenant.  Bilans au bout de six mois ( septembre 2018 )  et d’un an avec les riverains ( 21 mai 2018 ) : positif.
  • Une consultation des conseils de secteurs réunissant tous les présidents des comités de quartier avec non seulement les élus adjoints en charge de ces quartiers mais aussi les élus habitant ces quartiers. En charge de nous signaler les points importants à laisser allumer et ceux à éteindre. 
  • Présentée en conseil municipal en novembre 2018 après avoir été présentée en municipalité et information le 8 juillet 2019. Aucune intervention de l’opposition, ni d’ailleurs des membres de la majorité municipale marquant ainsi un consensu sur cette mesure.
  • Un bilan annoncé au bout de six mois pour prendre en compte les réactions légitimes de la population. Des lettres recensées pour un meilleur affinage de ces décisions. 

«  L’extinction des lumières ne fait pas l’unanimité » annonçait le journal local dans l’un de ses articles ne recensant d’ailleurs que les récriminations et omettant les riverains s réjouissant de cette mesure.   Aucune mesure ne fait l’unanimité surtout quand elle répond à des besoins contradictoires.

  1. Les modalités

Contraintes
– Ne pas éteindre les zones d’attractivité économique et commerciale. Pas d’extinction du « cœur de ville ». L’extinction ne doit pas tuer l’activité économique.
– Ne pas éteindre les zones posant des problèmes d’insécurités repérés ou susceptibles de le devenir ( en liaison avec la police municipale et nationale )
– Ne pas éteindre les axes considérés comme structurant.

Préconisations
– Éteindre les quartiers limitrophes des communes de la CDA pour une continuité de territoires
– Éteindre les quartiers résidentiels ( sans réelle vie nocturne )pour un meilleur repos
– Éteindre les espaces verts et espaces naturels autant que faire se peut : pour une continuité la nuit des trames vertes et bleues sur le territoire
– Éteindre de minuit à 5 heures du matin ( choix lié à la continuité territoriale de la CDA ) avec possibilité d’extinction plus grande en fonction des demandes

C’est ce qui a été fait. 

Qu’il y ait eu ou qu’il y ait encore des insuffisances, nous le reconnaissons volontiers. L’action est source d’erreur, pas l’inaction ! Des contraintes techniques fortes ont pour l’instant empêché d’aller au bout de certaines préconisations. Les investissements nécessaires seront entrepris pour faire des ajustements incontournables. Le débat peut être ouvert.  

  1. Quel bilan pouvons-nous faire de cette expérimentation depuis le 13 mai 2019 ? 

 La sécurité 

Permettez-moi de revenir à mon introduction : des faits, rien que des faits SVP.

  • Si nous faisons un bilan chiffré des faits d’insécurité : que constatons-nous dans les rapports de police ?

Aucun accident routier constaté depuis la période d’extinction entre minuit et cinq heures du matin à LR . Les villes qui ont procédé à cette expérience ont constaté une diminution de la vitesse automobile. ( cf Pessac et Le Taillan en Gironde . pas de relevés de baisse de la vitesse à LR. 

Pas de bilan effectué concernant les atteintes aux biens et aux personnes à LR mais une synthèse nationale qui constate que : 80% des crimes et délits envers les particuliers se font en journée ( AFE ) , pas le cas pour le entrepôts ou les entreprises. Cependant, nous ne pouvons ignorer ce risque d’où nos préconisations en  matière de sécurité concernant des zones considérées à risques.

 

Mais des témoignages nous remontent. 

Je pense qu’il serait bon de faire une comparaison entre avant et après l’extinction. Or ce bilan n’est pas disponible pour l’instant. 

L’insécurité réelle qui peut régner dans certains endroits de la ville liée à d’autres causes que l’absence de lumière ne peut pas être imputée à l’extinction. Malheureusement ce qui existait avant n’a pas disparu avec la lumière. Le rapport de la police municipale souligne «  une inquiétude pour la sécurité des piétons et des cyclistes d’autant plus que la consommation d’alcool et le manque de lumière peut aggraver ce risque «  

  • Autre fait constaté et incontestable  : le sentiment d’insécurité augmente.  

Bien légitime, bien réel car l’extinction nécessite une révolution dans « la manière de vivre et de fonctionner, durablement et en profondeur » ( cf territoire zéro carbone ). Nous sommes dans la subjectivité car nous sommes au cœur des changements d ‘habitude. 

Les axes structurants de mobilité restent allumés.  A charge à chacun et à chacune d’entre nous d’avoir un éclairage suffisant pour les trajets en mode doux ( vélos et piétons ) et aux automobilistes d’être vigilants sur leurs vitesses. L’éclairage est fondamental pour être vu, il doit l’être également pour mieux voir. Le sentiment d’insécurité vient dans ce cas d’un équipement insuffisant ou défectueux. Nous avons effectivement un gros effort de pédagogie à faire mais la sécurité routière est l’affaire de chacun. 

Le sentiment d’insécurité est un fait. Ne l’attisons pas,  en étant nous-même responsables et en montrant le caractère positif de cette mesure , dans le domaine de la sécurité alimentaire(: l’éclairage public est la deuxième cause de  l’extinction des insectes après les pesticides ) , dans le domaine de la sécurité sanitaire , dans la revendication à découvrir ou à redécouvrir un ciel étoilé.

Je crois qu’il y a matière à parler de sécurité de manière positive

Rendons la nuit belle en permettant à chacun d’y trouver ce qu’il y cherche sans exclure les autres 

  • La lumière et de la belle lumière aux endroits de déambulation des noctambules 
  • Des trames lumineuses de mobilité pour se rendre des endroits noctambules aux quartiers résidentiels 
  • La nuit noire dans les quartiers où le sommeil est la principale activité, la nuit noire dans les espaces verts et naturels, la nuit noire pour le droit à l’obscurité 

C’est de notre responsabilité à tous de faire en sorte que cette extinction soit une réussite. Les habitants des communes de la CDA l’ont acceptée, pourquoi les rochelais seraient-ils différents ? 

Des aménagements-vous sont proposés afin que l’acceptabilité soit plus grande mais dans la logique des préconisations et des contraintes données plus haut. 

  1. Les propositions d’ajustement 

Modification des horaires pour tenir compte de la spécificité de La Rochelle et de sa vie nocturne par rapport aux communes environnantes de 1h à 5 h du matin. De la même manière, rallumer des nuits où certaines fêtes se prolongent dans la nuit comme les Francofolies ou les fêtes de quartier. 

Modification des périmètres tenant compte des facteurs de risque de sécurité qui pourront être faits grâce à la réfection des voieries comme l’Avenue Jean-Paul Sartre ou l’Avenue Michel Crépeau . D’autres voies importantes dans le maillage seront rallumés comme l’avenue du lieutenant-colonel Bernier ou la rue Marius Lacroix.
Ces modifications ne pouvant intervenir que dans un délai minimum de trois semaines, le temps de faire les ajustements techniques. 

Enfin , les travaux de rénovation des allées du parc Charruyer vont permettre de développer des éclairages sous détection.